Échanges amicaux avec des étudiants de l'université de Niigata à l'espace Cosmopolis de Nantes sur divers sujets dont Fukushima.

Aïri ISHII

Bonjour à tous,
Aujourd'hui je voudrais partager avec vous l'expérience qui m'a été donnée de faire auprès des enfants de Fukushima et vous parler des actions de bénévolat auxquelles j'ai participé.

En effet, les problèmes de contamination radioactive sont nombreux, et j'ai à cœur de vous en informer, car ils ne concernent pas seulement les habitants de Fukushima, nous devons tous prendre conscience de la gravité du phénomène pour pouvoir prendre position et décider comment agir pour construire un Japon meilleur.

Comme vous le savez, c'est le blackout dans la centrale de Fukushima qui est à l'origine de la contamination radioactive de la région. La coupure de courant a été si longue qu'elle a abouti à des rejets de particules radioactives entraînant et de nombreux dommages auprès des populations.

Les habitants ont été touchés dans leur chair, notamment par l'ingestion d'aliments contaminés ou bien parce qu'ils ont bu de l'eau courante. La probabilité est forte qu'ils aient été exposés sans même qu'ils s'en soient rendu compte. Les enfants surtout, sont beaucoup fragiles que les adultes au risque de contamination, c'est ainsi que ces enfants trop sensibles aux radiations ont été privés de jeux en plein air. Enfin, 2 ans ont passé et au moment où je vous parle, la question de la pollution radioactive n'a toujours pas été réglée. 

J'ai donc été amenée par les circonstances que je vais vous décrire à participer à un groupe de bénévoles que j'ai rejoint l'année dernière sur l'invitation d'un de mes amis. À l'origine, un groupe basé à Ishinomaki, dans le département de Miyagi a commencé de rassembler des volontaires venant de tout le Japon, pour réaliser des opérations de décontamination dans cette ville très touchée par le sinistre. Puis avec le temps, ils ont voulu se réorienter vers des actions redonnant optimisme aux populations. C'est ainsi qu'un an et demi après le séisme, un collectif a été créé dans ce but. Une dizaine de membres actifs ayant entre 25 et 50 ans y participent. Dans les zones ou le risque de contamination radioactive est élevé, les enfants sont contraints au confinement et ne peuvent pas jouer dehors, nous avons choisi comme objectif de préparer des activités de plein air dans un cadre naturel où la radioactivité ne soit pas supérieure à 0.05 et 0.1 micro sievert. Beaucoup d'associations de bénévoles organisent des sorties similaires dans le même objectif. À chaque fois les programmes diffèrent. Je voudrais vous présenter concrètement les activités du groupe auquel j'appartiens. Le printemps et l'été étant des saisons relativement chaudes au Japon, nous emmenons les enfants dans la ville de Aizu située à plus de 100 km de la centrale, et nous leur proposons de s'amuser avec des animaux, des lapins ou nous faisons ensemble de petits feux d'artifice, les enfants apprécient ce contact avec la Nature dont ils sont désormais privés.

L'hiver est très rigoureux et les chutes de neige sont abondantes. Nous nous réunissons dans la commune de Inawashiro et nous faisons des bonhommes de neige ou des batailles de boules de neige. En prenant bien garde, nous leur préparons à manger avec des ingrédients locaux choisis pour leur faible teneur radioactive, nous leur faisons des plats à base de riz complet et de pâte de haricots miso dont les vertus dépuratives sont connues. Nous avons à cœur de minimiser autant que possible les risques liés à l'alimentation. Au sein du groupe chacun est responsable soit de l'organisation des repas, soit des ateliers ludiques.

Je voudrais vous parler de ces enfants. Je voudrais vous parler de la petite A. âgée de 11 ans, cette fillette absolument adorable, très attentionnée avait passé la journée à jouer avec entrain, j'étais confiante. Et pourtant sur le chemin du retour elle a explosé en sanglots disant qu'elle ne voulait pas nous quitter, me tiraillant moi-même d'émotion. Je voudrais vous parler aussi de deux fillettes amies de 9 ans qui avaient dû changer d'établissement et se séparer pour suivre leur scolarité dans deux écoles différentes à cause des radiations. Elles m'avaient confié que sans les sorties organisées par notre groupe elles n'auraient pas pu se retrouver, et qu'elles étaient très heureuses. Heureuses de se revoir, et, si tristes d'avoir à chaque fois de se séparer à nouveau. En effet, nombreux sont les enfants qui ont ainsi perdus tout contact avec leurs amis et camarades. Ils en souffrent beaucoup.

Je vous voudrais vous parler encore de leurs parents avec qui j'ai eu l'occasion de m'entretenir longuement. Ils sont très conscients des risques dûs aux radiations. Les voir se faire tant de soucis pour leurs enfants m'a beaucoup émue. Mais dans le même temps, ils acceptaient comme une fatalité ce changement de leur environnement post-sismique. Certains voulaient aller de l'avant et se demandaient ce qu'ils pouvaient faire, ce qu'ils devaient faire. J'ai senti que c'était ce besoin de protéger leurs enfants qui leur donnait justement cette force, cette envie de continuer à vivre sans baisser les bras.

Enfin, beaucoup d'habitants qui sont restés à Fukushima, ont refusé d'être évacué pour diverses raisons. Beaucoup ne pouvaient abandonner la terre qui les avaient vu naître. Il est évident que les difficultés qu'ils rencontrent en restant sont diverses, et cela est désolant. Et pour réduire, autant que faire ce peu, le stress psychologique dû aux radiations, je crois que les actions telles que celles menées auprès des enfants par notre association sont importantes. Permettons aux enfants de jouer et de courir librement. Je pense qu'il serait nécessaire de développer encore ce type d'activités. Nous avons besoin de montrer que nous savons nous épauler les uns les autres. Et bien entendu il me semble crucial d'avoir accès à de l'information concernant les radiations et leurs dangers. Savoir et s'impliquer, n'est-ce pas là la base sur laquelle nous devons nous dresser?

Je vous remercie.
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Ayaka SUZUKI

Bonjour à tous,
J'ai personnellement été éprouvée par le grand tremblement de terre du 11 mars 2011, et je voudrais vous raconter comment je l'ai vécu et ressenti et comment l'avenir se profile. À ce moment-là j'habitais à Koriyama, une ville située au centre du département de Fukushima et je crois que, s'ils sont bien entendu l'affaire des habitants de Fukushima, les problèmes consécutifs à ce sinistre concernent également toute personne vivant hors de cette zone et même hors du Japon.

Laissez-moi tout d'abord vous parler de la situation précédant la catastrophe. À Fukushima, la centrale a été construite sur un modèle assez ancien correspondant à celui de la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie (USA) qui comme vous le savez peut-être, a connu un grave accident en 1979. Le réacteur a fondu suite à une chaîne d'incidents, aboutissant au rejet dans l'atmosphère d'un volume important de particules radioactives. Des voix s'étaient levées à l'époque mettant en doute l'opportunité de cette construction où la sécurité posait question.

Savez-vous d'ailleurs comment l'énergie produite à Fukushima était utilisée? Elle servait à alimenter Tokyo et sa mégalopole et n'assurait en rien l'approvisionnement du département de Fukushima.

Au moment du grand tremblement de terre, j'étais en première au lycée. Après le séisme, l'eau l'électricité ou le gaz ont été coupés dans certaines parties du département. Ma maison étant située dans un endroit où les trois ont été arrêtés, j'ai dû aller me réfugier chez mes grands-parents. Sur la route m'emmenant chez eux, j'ai pu voir, par les vitres de la voiture, les bâtiments détruits. Il était difficile de circuler. Il nous a fallu plus de deux heures pour parcourir les quelques 20 km qui nous séparaient de leur maison. Je n'habitais pas sur la côte, et le raz-de marée nous avait épargnés mais quand j'ai pu regarder à nouveau la télévision, j'ai alors découvert ces images saisissantes du tsunami. La violence de ces images passées en boucle sur les écrans, a provoqué de réelles souffrances psychologiques chez beaucoup. Aux informations, on apprenait que des explosions survenaient dans la centrale puis le Japon tout entier fut suspendu à l'évolution de la catastrophe nucléaire. La population était partagée, entre ceux qui souhaitaient contribuer au relèvement des zones sinistrées, et ceux qui traitaient les habitants de Fukushima comme des pestiférés. Toute la zone dans les 10km autour de la centrale a même été rebaptisée « ville morte ». Des informations contradictoires circulaient.

Comment la lycéenne que j'étais a-t-elle vécu cette période post-sismique. Comme beaucoup de réfugiés, je suis allée m'impliquer dans des actions de bénévolat. Il n'y avait plus cours au lycée, et en regardant les informations j'ai appris par hasard qu'il y avait près de là un centre de réfugiés. Je m'y suis rendue pour proposer mon aide. Les dons affluaient de tout le Japon et du monde entier. J'ai eu pour tâche de participer à la classification des quelques 10,000 m2 de biens qui avaient été envoyés. Combien de cartons ai-je donc ouverts, il me serait difficile de le dire. J'ai ensuite réparti un à un les contenus selon diverses catégories. À la fin de la journée, mon dos me faisait souffrir.

Je pense que les médias étrangers ont décrit comment tous les Japonais avaient fait bloc pour aider à la reconstruction du pays sinistré. Cette expérience de bénévolat m'a fait comprendre combien l'aide apportée, même par un jeune comme moi, pouvait être cruciale.

Comment les jeunes se sont-ils investis? Tout d'abord en participant activement à des projets charitables comme le bénévolat. J'ai également bénéficié de cette aide et j'en suis très reconnaissante. Je suis convaincue qu'au-delà même des résultats concrets, cet esprit d'entraide a beaucoup contribué à renforcer les liens sociaux et par là, a aidé à redonner de l'allant à des régions entières. On dit souvent que les Japonais ont du mal à parler à cœur ouvert à des personnes qu'ils connaissent peu, mais communiquer est si important. Participer à des actions de bénévolat, ce n'est pas simplement rendre des services, c'est aussi créer du lien. Je voudrais profiter aujourd'hui de l'occasion qui m'est donnée pour exprimer ma profonde gratitude à tous ceux qui ont apporté leur aide dans ces moments difficiles.

Pourtant je souhaiterais aussi prendre un peu de distance avec mon cas personnel et penser plus objectivement la situation. Notre monde est envahi d'informations, nous devons apprendre à les analyser à froid. J'ai le sentiment que l'éducation aux médias est une discipline d'avenir. Choisir l'information utile et en maîtriser l'exploitation, ne peut que contribuer à une meilleure construction des savoirs. Il est important, il me semble, de ne pas rester sur notre quant à soi, nous devons apprendre à partager nos idées. Les Japonais ont parfois du mal à communiquer avec leur interlocuteur, ils devraient apprendre à débattre et comprendre comment motiver leurs avis. Sans cela il est impossible de se faire entendre, car dans un flux d'opinions il devient difficile de prendre les décisions qui s'imposent.

Je ne suis qu'une jeune Japonaise, et je voulais juste vous parler de ma résolution. SI je me tiens aujourd'hui devant vous, je souhaite, que ma parole vous parvienne, et qu'en m'exprimant ainsi je puisse, avec les moyens qui sont les miens, aider seulement à penser le Japon post-Fukushima.

Je vous remercie.
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Masakko UTSUMI

Je voudrais vous parler du 11 mars 2011. Au moment du séisme, j'habitais à 200km de l'épicentre, dans une ville nommée Nairiku. C'est une région éloignée de la mer sans grande verdure. Je vivais en profitant de l'électricité fournie par des centrales nucléaires à commencer par celle de Fukushima. Cette zone reculée a-t-elle été touchée par la catastrophe? Voilà ce que voudrais vous raconter aujourd'hui.

Comment vivre dans des habitations fragilisées et quand l'électricité est ponctuellement coupée. En 2011, j'étais en première. À l'heure du tremblement de terre je me trouvais au lycée, nous avons ressenti des secousses dites de force 5, c'est-à-dire qu'il nous était impossible de marcher sans nous tenir à un pilier par exemple. Quand les répliques se sont espacées, on nous a conseillé de rentrer chez nous. D'habitude, je vais au lycée en train, mais tous étaient alors arrêtés, il ne me restait plus qu'à attendre qu'on vienne me chercher en voiture. Précisons qu'à cause du tremblement de terre, tous les portables se sont retrouvés hors service. Il ne fut pas aisé de nous retrouver. Comme nous étions éloignés de l'épicentre les nouvelles ne nous parvenaient que de manière fragmentaire. Le réseau de communication était comme paralysé, ce marasme était très perturbant.

Le principal était d'avoir pu rentrer sains et sauf à la maison, mais nous ignorions encore l'échelle du drame, car nous ne savions pas où était situé l'épicentre. Comment aurais-je pu savoir qu'à ce moment-là un monstrueux tsunami était en train de s'abattre sur la côte maritime de la région du Tohoku. 

Les dégâts ont été énormes dans tout le Tohoku mais le pire était à venir avec la catastrophe de la centrale de Fukushima. Comme je le disais tout à l'heure nous vivions de l'électricité produite par cette centrale, avec l'interruption de son fonctionnement nous avons été obligés de nous rationner. Tous les jours, tour de rôle, pendant environ 3 heures, l'électricité était coupée pour pallier aux manques. Beaucoup de magasins ont dû fermer, les feux de circulations ne marchaient plus, je n'avais plus cours. Je me souviens avoir éclairé ma chambre à la bougie les soirs de coupure. Nous mangions froid, j'avais mal en pensant à toutes ces personnes obligées de vivre en refuge et qui manquaient de tout, d'eau de lumière. 

Suite à la catastrophe, beaucoup de personnes devaient vivre en abri précaire, plusieurs supérette ouverte 24h-24 ont rendu les distributeurs automatiques gratuits et donnés des biens de consommation courante comme le papier toilette ou les produits de première nécessité en cas d'urgence. Dans certaines communes des cartes indiquant où aller pour se ravitailler gratuitement étaient disponibles. Le Japon est un pays où les séismes sont fréquents, plus qu'en Europe notamment, et ces dernières années les sismologues ont souvent mis en garde contre la possibilité d'un gigantesque tremblement de terre sur la région de Tokyo. Et si la capitale si dépendante de son réseau ferroviaire venait à être touchée une désorganisation de grande ampleur serait à prévoir. Les Japonais devront continuer de faire des réserves de nourriture et prévoir des abris.

La pénurie d'électricité a continué. De nos jours, sur les 18 centrales, 6 sont à l'arrêt (à cause du séisme ou pour révision). Des régions sont toujours soumises à des restrictions car l'alimentation en électricité n'est toujours pas suffisante. L'université de Niigata participe à l'effort national et a réduit de 10% sa consommation estivale (10% de moins qu'en 2012 à l'été 2013). Les distributeurs automatiques sont mis en veille la nuit et dans beaucoup d'institutions les éclairages diurnes sont restreints au possible.

Nous avons beaucoup appris de ce séisme, divers mesures ont été prises, çà et là, au Japon. À quel but doit tendre notre société? Peut-être est-il déjà trop tard mais cette prise de conscience ne saurait être méprisée. On peut avoir l'illusion qu'au Japon, la vie a repris son cours comme avant 2011, mais les centrales de jadis ne sont plus, et je suis convaincue que nous devons poursuivre nos efforts pour limiter notre consommation d'électricité et repenser notre usage de nos équipements électriques, nous devons comprendre que la pénurie va continuer, que des catastrophes sont toujours possibles et qu'il faut être capable d'y remédier. Depuis le 11 mars 2011 le Japon a beaucoup changé, nous devons affronter cette réalité, apprendre de ce que nous avons vécu pour aller de l'avant. Chacune de nos petites contributions est une pierre de plus apportée à l'immense tâche de reconstruction. C'est dans cet esprit que j'ai voulu prendre aujourd'hui la parole devant vous et je vous en remercie.
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Miki HORII

Le 11 mars 2011 à 14h46, dans la ville de Sendai, j'ai ressenti un puissant tremblement de terre de force 6+. Le tristement célèbre séisme de la côte Pacifique du Thoku venait de frapper. Ce que je ne pourrai jamais oublier, c'est cette vague de 40 mètres de haut qui s'est s'abattue sur la commune de Kessennuma. Et aujourd'hui je vais vous parler de ce que j'ai vécu à Sendai et vous raconter la vague de Kessennuma.

Actuellement, il nous revient de trouver les moyens de parler et transmettre cette tragédie aux générations à venir, comment éviter que des personnes âgées meurent abandonnées dans des abris précaires, comment faire revenir les jeunes partis se loin réfugier, tels sont les défis qui nous attendent.

2,3millions de personnes vivent dans le département de Miyagi, qui se trouve dans la région du Tohoku. Au moment du tremblement de terre, j'étais au lycée en train de suivre un cours de mathématiques. Les secousses étaient si fortes qu'il m'était difficile de rester assise sur ma chaise, elle bougeait dans tous les sens : verticalement horizontalement. Le trafic était interrompu, il m'a fallu marcher 4 heures pour rentrer à pied jusque chez moi. Les rues de Sendai étaient désolantes. Tout le monde essayait désespérément de rentrer, les feux de circulation était arrêtés, les embouteillages nombreux. On entendait çà et là, les voitures klaxonner.

D'abord on a manqué d'eau de nourriture, puis d'essence. Comme les centrales électriques étaient arrêtées et qu'il n'y avait plus ni eau ni gaz, nous étions obligés de consommer immédiatement les produits frais, les magasins ouverts se faisant rares, il fallait souvent faire la queue une ou deux heures pour pouvoir s'approvisionner en eau et nourriture. Le seul moyen de transport possible était la voiture, tous craignant la pénurie, les files d'attente s'allongeaient devant les stations essence.

À Kessennuma 44 minutes après le séisme le tsunami était là, avalant tout sur son passage, brisant tout. Et après que la vague eut sévi, l'incendie fit rage. Nombreux furent ceux qui ayant pu fuir le raz-de marée ont été pris par les flammes. Les communes sur la côte ravagées par le tsunami avaient besoin d'être ravitaillées en produits de première nécessité, et déjà le problème de la gestion des débris et décombres faisait jour.

Dans la ville de Sendai 10 jours après la catastrophe l'électricité était rétablie, 30 jours après l'alimentation en gaz était assurée, 50 jours furent nécessaire pour le recouvrement du gaz. La consolidation des bâtiments endommagés se poursuit, l'empreinte de la catastrophe n'est presque plus visible. Les rescapés dont les maisons avaient été balayées par la vague étaient obligés de s'installer dans les préaux d'école ou des refuges, mais la construction de logements en préfabriqués par les autorités a permis que les 400.000 personnes des trois départements de Miyagi, Iwate et Fukushima puissent dans les 7 mois suivant la catastrophe être ainsi relogées. Les biens de première nécessité ont manqué mais la mobilisation et le soutien national ont pallié aux besoins. Des vêtements, des vivres, mais aussi des livres, des mangas permettant de supporter la vie en abri ont été envoyés. Restent les débris et gravats, mais grâce à l'action de l'armée et des bénévoles, la question est presque réglée. Le séisme a généré 2 millions de tonne de déchets, dont près de 70% ont été traité. Mais tous les problèmes sont loin d'être résolus.

En effet, comment parler de la catastrophe, il faudrait diffuser des émissions spéciales et que la mémoire collective et familiale se charge de transmettre le souvenir afin d'en tirer des leçons pour l'avenir. Même s'ils ont été relogés dans ces bâtiments préfabriqués, les assignations n'ont pas permis de préserver le tissu social, les rescapés ont été coupé de leur communauté, de leurs voisins, de leurs cercles, beaucoup souffrent de cet isolement. Certaines personnes âgées en meurent même. Ils décèdent sans personne à leurs côtés, sans demander d'aide à quiconque et les voisins découvrent ensuite les corps. Les employés municipaux font ponctuellement des visites à domicile, s'inquiètent des conditions de vie, s'efforcent de créer des évènements de « quartier ». Enfin si l'on veut que les jeunes reviennent, il faut penser à leur assurer un environnement de vie sûr, qu'ils puissent étudier et travailler dans de bonnes conditions. Les écoliers, les collégiens, les lycéens ont déserté ces zones sinistrées qui ne sont malheureusement pas du tout réaménagées. Voici quelles sont à mon sens les questions qu'il convient de régler. 

Bien entendu, la situation s'est améliorée de beaucoup depuis le séisme, la reconstruction du département de Miyagi se poursuit, à Sendai il est presque possible de renouer avec la vie d'avant la catastrophe. À L'automne, la fête de la sardine a pu avoir lieu, et à Kessenuma, pour célébrer cette pêche abondante on a distribué gratuitement des poissons aux visiteurs. Mais il est vrai que beaucoup d'efforts seront encore nécessaire pour continuer de régler les problèmes encore pendants. J'appelle de mes vœux des mesures concrètes et de la transparence.

Et pour finir, je voudrais profiter de l'occasion qui m'est donnée pour remercier tous ceux qui ont aidé le Japon, de tout cœur merci.
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Saori YAMAMOTO

Bonjour à tous.
Je souhaiterais aujourd'hui prendre la parole pour vous raconter comment des écoliers à Fukushima ont vécu les conséquences l'accident dans la centrale nucléaire au moment du grand tremblement de terre du 11 mars 2011.

Ma mère travaille dans une des écoles primaires de Koriyama et je voudrais partager avec vous ce qu'elle m'a raconté. Trois ans ont passé depuis le séisme et les problèmes dus à la radioactivité ne sont toujours pas résolus à l'heure actuelle; impossible de revenir à l'avant onze mars. Je pense que les médias en France ont relayé l'information concernant la centrale nucléaire mais j'aimerais que vous sachiez ce qui a réellement changé pour les habitants de Fukushima après l'accident. Quelles mesures ont été prises depuis trois ans dans les écoles primaires? Qu'est-ce qu'une institutrice comme ma mère a vécu et qu'a-t-elle vu? Enfin, que pouvons-nous faire?

Plusieurs mesures ont été prises depuis 2011 pour réduire au maximum l'exposition des enfants aux radiations. Les sols ont été lavés, les couches superficielles de terre des terrains de sport, enlevées et remplacées par d'autres en provenance d'autres départements. Les piscines des écoles ont été décontaminées afin de réduire la pollution radioactive. Les branches des arbres aux environs des établissements scolaires ont été coupées. Des dosimètres ont été installés dans les parcs et les écoles pour contrôler régulièrement le taux de radioactivité de l'air. Par exemple, pour éviter d'avoir à ouvrir les fenêtres quand il fait chaud, à Koriyama deux ventilateurs ont été installés dans chaque salle de classe. Mais cela ne saurait signifier que les problèmes sont réglés.

Certaines familles dont les enfants fréquentaient l'école où travaille ma mère, ont choisi de déménager par crainte des radiations; les uns hors du département, les autres vers des zones refuge moins exposées. En 2011, près de 117 668 enfants étaient scolarisés en primaire sur le département de Fukushima. Ils sont maintenant 100579. En trois ans le nombre d'écoliers a chuté d'environ 17 000. Le taux historique le plus bas du nombre d'enfants au niveau départemental. En ce moment à Koriyama, le taux d'exposition aux radiations est à moins de 0.1 micro sievert par heure. Ce chiffre ne serait pas supérieur aux normes mondiales et des sites en Europe connaissent même des taux équivalents. Mais ce chiffre cache des disparités et Koriyama compte aussi des « hotspot » comme on les appelle, des sites très contaminés.

Présentons des cas concrets. Au Japon, les adultes n'accompagnent pas les enfants qui se rendent seuls, à pied, de leur domicile jusqu'à l'école. Mais, depuis le séisme, dans l'école où travaille ma mère, le nombre d'écoliers désormais emmenés par leurs parents en voiture a augmenté. Les parents se soucient de leur santé et craignent qu'ils ne s'exposent à la contamination radioactive s'ils marchent dehors et préfèrent donc les déplacements en voiture même sur de petites distances. Juste après le séisme, la cantine de l'école ne proposait plus d'aliments produits à Fukushima, mais dès que leur innocuité a été prouvée, ils ont été réintégrés à l'approvisionnement. Mais en ce moment, une heure avant que les enfants ne passent à table, la radioactivité des repas est vérifiée et ils ne sont pas servis si les taux dépassent un certain seuil. Ce seuil est été fixé très bas et il semble qu'il ne soit que très rarement dépassé. Il est même arrivé que ce dépassement soit simplement dû à une erreur de mesure, le premier chiffre ayant été démenti par un contrôle ultérieur. Chaque mesure prend environ 30 minutes. Ma mère me racontait avoir dû, par deux fois seulement, attendre trois quarts heure sans manger.

Par ailleurs, au Japon tous les enfants participent annuellement à une fête du sport, relais tir à la corde, etc. ils s'affrontent par équipe pour gagner un trophée. Alors, toute la journée, les écoliers courent et dansent dehors. Mais à Fukushima, à cause de la radioactivité, de nombreuses écoles ne peuvent plus organiser ce type d'évènement sportif en plein air. Des particules encore présentes dans les sols, pourraient être contaminantes, surtout pour des enfants de petite taille. Vu les risques, il leur est déconseillé de rester longtemps dehors.

À Fukushima donc, cet évènement a désormais lieu soit intégralement dans le préau, soit moitié dans la cour, moitié en préau, soit entièrement dans la cour. Les écoles choisissent, selon leur exposition et les taux de contamination. À Koriyama ou travaille ma mère, les écoles ont opté pour les deux premières formules, évitant l'option de plein air complet. Mais dans la ville voisine de Sukagawa, les établissements ont presque tous préféré faire leur journée du sport en extérieur, dans la cour de l'école.

Les établissements d'enseignement primaire au Japon, disposent presque tous d'une piscine non couverte pour apprendre aux enfants à nager. Et quand vient l'été, les cours de sport laissent la place aux cours de natation.

Ma mère me racontait que cette année, comme l'année précédente, les cours ont eu lieu mais s'ils sont moins fréquents qu'auparavant. Les parents peuvent choisir d'y faire participer ou non leurs enfants. Même si certains, inquiets, ont préféré s'abstenir, presque tous les ont inscrits. Les familles réfugiées hors des zones les plus touchées sont plus nombreuses à refuser, les enfants passent alors l'heure de natation dans la salle de classe en étude. Vous vous demandez peut-être s'ils n'étaient pas discriminés par leurs camarades pour ce choix, ma mère me dit ne pas avoir constaté de pareilles cas. Les enfants n'ont pas une conscience très claire de la radioactivité, ils ressentent plutôt l'anxiété de leurs proches. Dans sa classe, ma mère n'a eu qu'un seul élève que les parents ont souhaité dispensé; l'enfant lui, voulant y participer, avait apparemment insisté pour pouvoir y prendre part.

Ma mère m'a parlé des changements qu'elle avait observés dans le comportement des  élèves. Comme les activités de plein air ont été restreintes, les enfants sont moins sportifs et robustes, ils sont également plus sujets au stress d'avoir toujours à jouer à l'intérieur et leurs résultats scolaires s'en ressentent également. Certains enfants ont dû se réfugier loin de leur maison, ils ont changé d'adresse, quitté leur école et vivent parfois dans un autre département, des réfugiés sont arrivés, les enfants ont été déstabilisés de perdre leurs amis, leurs repères. Certains ont eu du mal à s'habituer à leur nouvel environnement et les enseignants ont pour tâche de les aider psychologiquement. Il est évident que ne pas être libre de ses mouvements, d'être confiné ne saurait contribuer à l'épanouissement des enfants et la situation ne permet plus de leur offrir une éducation aussi sereine qu'avant mars 2011.

Comme je le disais précédemment, c'est à la fois les problème de décontamination et de mauvaise compréhension des mécanismes de pollution radioactive qui sont à la base des difficultés aujourd'hui rencontrées sur le terrain, comme en témoigne ma mère. La seule solution est, à son sens, de poursuivre les efforts afin de réduire le niveau de radioactivité, parvenir à se débarrasser des particules radioactives, décontaminer et restaurer un environnement propices à l'épanouissement des enfants. Il convient également de former les populations à la radioactivité, vulgariser et permettre aux citoyens d'accéder à l'information. On voit bien que les enfants réfugiés ont envie de retourner chez eux, leur détresse est sensible. Il faut les aider, ils ont le droit à une vie équilibrée. Les zones autour de la centrale sont encore hautement contaminées, c'est à l'état d'apporter l'aide nécessaire car les populations ne peuvent mener ces opérations de décontaminations, insiste-t-elle encore.

Je vous remercie d'avoir attentivement écouté ce témoignage sur les difficultés que rencontrent quotidiennement les enfants leur famille et les équipes éducatives suite à la catastrophe du onze mars.
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Kaoru OSHIMI

Suite au grand tremblement de terre qui ébranle le Japon en 2011, la centrale nucléaire de Fukushima est ravagée. Mon père, ingénieur chez Tepco, s'est trouvé détaché sur le site sinistré et aujourd'hui je voudrais partager avec vous le récit de ce qu'il a vécu à Fukushima.

Je voudrais vous en parler car ce témoignage me semble crucial pour comprendre ce qui s'est passé sur le terrain après le séisme, et également car cette histoire m'intéresse beaucoup à titre personnel. La France étant, comme le Japon, très dépendante de l'énergie nucléaire, je pense que ce témoignage vous parlera. Je voudrais commencer par vous présenter Tepco, ensuite, après le récit des évènements du 11 mars, je vous expliquerai plus en détails ce qu'a vécu mon père sur le site.

En 2010, avant le séisme, 32% de la production d'électricité au Japon est d'origine nucléaire. Environ 23% de cette électricité est générée par Tepco, elle couvre les besoins de la mégalopole urbaine de Tokyo et de ses environs. Tepco produit cette électricité à partir de deux sites; le premier est situé dans le département de Niigata où mon père était en fonction, le deuxième étant la centrale de Fukushima sinistrée en 2011, site désormais tristement célèbre la fusion des cœurs et les explosions dans les enceintes de confinement.

Que s'est-il passé à Fukushima au moment de l'accident consécutif au séisme et au tsunami dévastateur? Ce qu'on appelle l'accident de la centrale de Fukushima désigne tant la fusion des cœurs que les émissions radioactives suite aux secousses sismiques et aux effets du gigantesque raz-de marée. Des vagues mesurant de 14 à 15 mètres s'abattent sur le site, noient les générateurs et bloquent les pompes, le refroidissement des cœurs et du combustible dans les piscines ne peut plus être assuré, les barres d'uranium fondent.

Le 12 mars une explosion d'hydrogène a lieu dans le réacteur numéro 1,  puis le 14 dans le réacteur 3 et le 15 des détonations  se font entendre dans le réacteur 2 alors que le réacteur 4 explose à son tour et que survient un incendie, avec pour conséquence le  relâchement de particules radioactives dans l'atmosphère, la contamination se propage sur le Japon.

Dans cette situation d'urgence mon père est envoyé en renfort sur le site de Fukushima afin d'aider à la maitrise de l'incendie. Voici ce qu'il a vu sur place.

Le 14 mars à 9 heures, mon père prend place dans le bus en partance de Niigata. Il leur faudrait parcourir les quelques 400 km qui les séparent de Fukushima, mais le risque accru par la succession d'explosions les obligent à s'arrêter et à trouver refuge après avoir parcouru les 300 premiers kilomètres, ils n'arriveront sur site que le lendemain dans la soirée. Il semble que dans la mesure du possible des compteurs « geiger » et des équipements de protections contre les radiations avaient été embarqués.

Je ne vous cache pas l'immense inquiétude qui a été la mienne quand j'ai appris que mon père allait être envoyé à Fukushima, il me semble qu'à ce moment-là Fukushima occupait en continu les écrans de télévisions. Je me souviens avoir entendu des informations concernant les explosions et les émissions radioactives, Je me suis surprise à penser que mon père allait au-devant de la mort, je me demandais ce qu'adviendrait s'il trouvait la mort. Combien de fois lui ai-je demandé pourquoi, il devait se rendre dans un lieu si risqué. Sa réponse me fit forte impression, il me dit qu'il devait aller aider ses collègues en danger. Ma mère me disait que les radiations étaient invisibles et que ce n'était pas un sujet d'inquiétude, que les médias exagéraient beaucoup. Mais elle était surement extrêmement anxieuse. J'ai appris à ce moment-là que mon père avait déjà travaillé à Fukushima pendant quatre ans, après son embauche. Beaucoup de ses collègues et amis étaient encore sur place. Cela me réconfortait un peu de savoir qu'il partait aider ses camarades.

Mon père m'a raconté par la suite combien il avait été angoissé quand il a appris l'explosion dans le réacteur 3 alors qu'il était alors en route pour Fukushima. Il était très inquiet à l'idée qu'il allait être exposé aux radiations. Car il ignorait alors quelle était leur intensité.

Le fait est que, suite à l'accident dans la centrale, même dans les alentours l'air était empli de particules radioactives. Il lui fallait donc pour accomplir ses tâches, porter un masque et une combinaison intégrale. Il avait pour mission d'empêcher que les particules radioactives ne pénètrent dans l'endroit servant de base aux employés chargés des travaux : les abris antisismiques aménagés après le sinistre. Mon père aidait le personnel à enfiler leur combinaison, il leur faisait enlever leur tenue de protection, il était chargé de vérifier qu'il ne restait pas de radioactivité. 

A ce moment-là sur le site, le personnel travaillant initialement à Fukushima avaient été rejoints par des employés d'autres centrales de Tepco, des soldats d'auto-défense, et des travailleurs envoyés par d'autres entreprises affiliées, ils affluaient à l'abri et tous les jours 24 heures sur 24 les travaux ils assuraient la relève pour mener à bien les taches de remise en état. Dans les bâtiments, plus de 200 personnes s'affairaient, les répliques se succédaient et ils vivaient dans la crainte de nouvelles explosions. Ce sentiment d'urgence était oppressant.

Mon père au vu de la situation a pensé « Les travailleurs du site, devaient après le sinistre, habiter dans les abris, pendant des  jours et ils étaient dans l'incapacité de prendre contact avec leur famille qui restait sans nouvelle. Je me souviendrai longtemps de leur ardeur désespérée à se battre contre cette centrale accidentée.

Beaucoup d'entre eux avaient perdu des proches suite au tsunami, mais tous accomplissaient leur tâche sans perdre leur sang-froid. Voilà quelle était l'ambiance à Fukushima. Dans les abris, les éclairages d'urgence restaient constamment allumés, l'eau courante étant arrêtée impossible d'utiliser douches ou toilettes, le chauffage ne marchait pas, et comme l'espace manquait certain devait dormir dans les couloirs. Il semble que des toilettes provisoires avaient été installées, mais les conditions d'hygiène étaient déplorables.

Mon père est resté trois jours dans cet abri. En guise de tout repos, ils partageaient à tour de rôle un canapé ou s'allongeait dans le coin d'une pièce mais impossible de dormir plus de 4 ou 5 heures. Leur repas se composait de l'eau en bouteille et de biscuits de survie, pourtant il ne semble pas avoir eu à se plaindre de la faim.

À leur retour les employés ont été soumis à un examen médical minutieux visant apparemment à déterminer à combien s'élevait la contamination radioactive. Les résultats de l'analyse semblent montrer que la santé d'aucun n'était en danger.

Voici le récit de ce que mon père a vécu. Pendant trois jours sur ce site hautement radioactif, à la merci des répliques et de potentielles explosions, lui avec tant d'autre a travaillé aux travaux de remise en état de la centrale. Sur le site, outre la centrale à proprement parler, des groupes œuvraient également à la restauration des conduites d'eau, de gaz, aux communications, dans l'administration, à l'exploitation...mon père avait pour charge de vérifier que toutes les mesures de protection contre les radiations étaient prises, car les personnes travaillant sur d'autres positions n'avaient aucune formation sur les dangers des radiations.

Pour finir, j'ai demandé à mon père ce qu'il pensait de la situation actuelle et de ce que Tepco devrait faire. Voilà ce qu'il m'a dit « En ce moment, le taux de contamination sur le site de la centrale est encore très élevé. Nombreux sont ceux qui ne peuvent toujours pas  revenir chez eux. Tepco devrait aussi vite que possible stabiliser la situation, afin que ces exilés puissent rentrer et être indemnisés au plus vite. Qu'il prenne ses responsabilités. Il est urgent de poursuivre le démantèlement de la centrale.  Aujourd'hui, toutes les centrales sont encore à l'arrêt. L'électricité qui ne peut plus être produite par le nucléaire est remplacée par celle produite par des centrales thermiques ou à charbon. Mais les rejets de gaz carbonique, contribuant au réchauffement climatique et l'augmentation des coûts de production dépendants du cours du pétrole causent de nombreux problèmes. Ainsi pour sécuriser l'approvisionnement en électricité, l'arrêt de la production d'électricité par le nucléaire n'est pas souhaitable ».

Dans les faits, le pourcentage de l'électricité d'origine nucléaire est passé de 32% avant le séisme, à 2%. Les coûts de carburant ont largement augmentés passant de 3.6 mille milliards de yen (36 milliard d'euros) à 6.8 mille milliards de yens. À la centrale de Kariwa à Kashiwazaki dans le département de Niigata où travaille mon père, les ingénieurs ont mis à profit ce que leur appris le séisme du 11 mars. Tout un réseau de mesures a été pris afin de sécuriser le site aux normes internationales les plus strictes, notamment en matière de tremblements de terre et de sinistres. Les préparatifs se poursuivent en vue du redémarrage de la centrale. Telle est la politique de cette entreprise et mon père s'investit chaque jour dans son travail en se demandant sans cesse, ce qu'il doit faire, ce qu'il peut faire.

Je vous remercie.
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Kiriko HOMMA

Le monde impitoyable de l'animation japonaise

La diffusion de dessins animés à la télévision japonaise remonte aux années 50. Récemment leur popularité s'est étendue hors des frontières de l'archipel, et de nos jours les « anime » sont considérés au Japon comme un art à part entière. Mais peu de gens connaissent la réalité des conditions de travail de ceux et celles qui conçoivent et fabriquent ces films.

J'ai moi-même grandi en regardant ces dessins animés, je continue de les adorer au point de guetter chaque nouvelle production. Mais aujourd'hui qu'il m'est donné l'occasion de m'exprimer devant vous sur le monde de l'animation japonaise j'ai voulu vous parler de difficultés malheureusement méconnues à l'étranger. En effet les journées des graphistes sont longues et peu rémunérées. Si ce problème financier n'est pas résolu, il sera difficile de recruter de nouveaux talents, et l'animation japonaise risque de perdre en qualité. Laissez-moi vous décrire comment travaillent les graphistes et vous montrer combien leurs rémunérations sont basses notamment si on les compare à celles ayant cours à l'étranger. Je pourrai ainsi au terme de a présentation évoquer les raisons de cette situation et esquisser les solutions qui pourraient y être proposées.

Plus de cent sociétés de production de films d'animation existent de nos jours au Japon. 42% de ces entreprises sont des PME de moins de 10 salariés et dont le capital moyen s'élève à environ 77000 euros. Mais embaucher des créatifs avec l'équivalent d'un CDI avec toutes les garanties d'embauche mettrait en danger l'équilibre budgétaire des  entreprises et compromettrait la flexibilité de production des films. D'autant que c'est une industrie basée sur le recrutement de « talents » dont l'évaluation est certes difficile, mais le résultat est que la grande majorité des graphistes travaillent en contrat d'intérim sur durée déterminée.

Qu'entendons-nous par « graphistes »? Ces « animateurs » ont pour tâche de dessiner tous les plans qui, image par image, composent les films, ce sont eux qui construisent les films d'animations. Point besoin de sortir d'une école spécialisée, même si beaucoup choisissent ce cursus, il suffit parfois d'être doué pour le dessin. À Niigata se trouve une école appelée « Japan anime Manga school » dite JAM qui a le mérite d'être un foyer actif alors que Niigata est excentrée. Certes les animations sont majoritairement faites par ordinateur mais le dessin à la main reste crucial. Les dessinateurs travaillent en moyenne 18 heures par jour, et deux fois par semaine font des heures supplémentaires nocturnes, ceux qui commencent dans l'entreprise ne gagnent que 150 à 230 euros par mois. Et comme ils sont en intérim, ils ne bénéficient pas de couverture sociale. Ils doivent donc épargner plus de 90% de leur rémunération (chiffres officiels de 2008, Agence des Intermittents du Spectacle Japonais). Comment attirer de nouveaux talents alors qu'il est impossible de vivre de son art?

Dans le même temps aux États-Unis, l'écart des rémunérations est significatif. Bien entendu, d'un graphiste à l'autre, d'une société à l'autre les écarts sont patents, mais en moyenne alors qu'un dessinateur américain gagne environ 28.000 euros annuels, un animateur japonais ne touche que 7.800 euros sur la même période. En effet outre-Atlantique, ce métier est considéré comme un emploi hautement qualifié alors qu'au Japon les syndicats défendent peu cette catégorie de travailleurs qui sont considérés comme étant voués aux bas salaires et sur des sièges éjectables et ce, malgré la longue histoire du film d'animation au Japon..

Et pourquoi en sommes-nous arrivés là? Il faut en effet près de 116.000 euros pour réaliser un film d'animation de 25 minutes. Comment se répartit se budget? Prenons l'exemple bien connu de « One piece ». En 2000, un milliard de yens a été investi dans ce film, mais il n'a dégagé que 550 millions de recette; soit à peine un peu plus de la moitié de la somme. Bien entendu, avec la vente de DVD ou autres produits dérivés et grâce aux droits télévisés, le déficit peut être comblé, mais l'argent revient alors aux exploitants et non aux équipes de réalisation. Donc des coupes sont faites dans les coûts de production. 

Les échelles de salaires au sein d'une même équipe ne sont pas les mêmes. Les scénaristes, les réalisateurs (s'ils sont connus), et les compositeurs ont souvent un revenu annuel dépassant le milliard de yen. C'est donc la main d'œuvre chargée de l'animation en tant que telle qui reste problématique. D'autant que ces derniers temps, les coloristes sont recrutés en Corée ou en Chine, posant de manière encore plus accrue la question de la formation des animateurs au Japon.

La situation est critique. Que peut-on faire? En 2007, le fondateur de la société d'animation Studio Live, Toyoo ASHIDA a créé JANICA (Japanese Animation Creators Association), cette association de type syndical vise à protéger les droits des créateurs de films d'animation. Son action a été reconnue par l'Agence des affaires culturelles au Japon. Et avec son projet « Young animator Training project » il collecte des fonds afin d'aider les graphistes et les équipes de réalisations. Souhaitons que le soutien des autorités contribue à soutenir cette initiative isolée et permette d'améliorer la situation.

Les conditions de travail des graphistes (salaires et horaires) et donc le déficit chronique de créateurs, soumis à la concurrence étrangère mettent le monde de l'animation en péril. L'animation japonaise du haut de ses 50 ans histoire est à un moment critique de son développement, le fait est connu au Japon comme ailleurs. L'avenir restera bouché tant qu'aucune solution n'est trouvée pour remédier à la situation. Il est probable même que le milieu aille à sa perte. À mon niveau, je ne peux pas faire beaucoup sinon acheter les DVD des films qui me plaisent, c'est peu. Je ne veux pas parler ici, du visionnage illégal sur internet. La question est trop épineuse. Je crois que le moyen le plus efficace serait sans doute de revoir les conditions économiques sous-tendant à la création de films d'animation; repenser la répartition des budgets, des revenus de diffusion sur les petits écrans et revoir la gestion des PME des sociétés de production. Il faudra sans doute du temps, mais la « fan d'anime » que je suis ne peut qu'espérer que les dessinateurs et graphistes puissent enfin avoir la reconnaissance qu'ils méritent.
Je vous remercie de votre attention.
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Miki TAKAHASHI

Je voudrais vous dire comment le manga est perçu au Japon.

Ce qu'on appelle généralement manga c'est une histoire intéressante en plusieurs épisodes qui se compose pour l'essentiel de plusieurs dessins où sont agrégés des bulles, des onomatopées et des effets. Les genres sont divers allant de la BD d'action, à celle d'humour, passant par le mélodrame ou le mystère. Son succès outrepasse les frontières et les générations.

Ce thème m'intéresse car j'ai entendu dire qu'en France aussi le manga japonais est actuellement très populaire, mais savez-vous ce qu'ils représentent vraiment aux yeux des Japonais, comment ils sont créés, appréciés? 

Quelle est la place du manga au Japon? Comment se définit-il par rapport à la BD française? Quelle est son originalité propre? » Autant de points que j'aimerais voir avec vous.

Le manga s'adresse au Japon à un large public allant des enfants aux adultes; préscolaire, garçon, fille, jeunes, adultes les catégories sont finement établies afin que les œuvres touchent au mieux leur cible éditoriale. Thèmes, époques, cadres sont variés, parfois sur le jeu de go ou la musique classique, certains déclenchent même des modes. En 2011, les revues ont tiré plus de 500 millions (516 030 000) d'exemplaires et plus de 400 millions (452 160 000) de volumes ont été publiés; soit une moyenne 8 mangas par habitant et par an. Leur vente représente 36% de l'édition, un tiers des livres qui paraissent au Japon sont des mangas. L'année dernière « One piece » caracolait en tête des ventes avec 23 millions (23 400 000) de pièces écoulées.

Ces chiffres donnent un ordre de grandeur du phénomène et montre à quel point le manga est aimé des Japonais et combien il fait partie du quotidien.

En France « One piece », « Naruto » et « Bleach » sont très populaires, ces mangas paraissent au Japon dans une revue hebdomadaire intitulée « Shukan shonen Jump ». Les mangas sortent ainsi d'abord dans diverses revues, avant de pouvoir être publiées en tomes séparés, ce qui est une marque de reconnaissance de la qualité de la série. Voilà qui diffère sans doute du mode de diffusion de la bande dessinée à la française ou les dessinateurs peuvent concevoir leurs volumes à leur rythme. En comparaison, les japonais doivent fournir en moyenne 20 pages dessinées hebdomadaire, donc toutes les semaines jusqu'à la fin de la série. La revue Jump a pour caractéristique de faire des sondages auprès des lecteurs pour déterminer quelles séries leur a le plus plu, ce classement tout puissant décide de la reconduction ou non du manga dans la revue. Les lecteurs votent pour les séries qu'ils ont aimées en utilisant une carte postale prévue à cet effet. Celles qui sont plébiscitées, deviennent les séries phares de la revue, alors que des mesures sont prises à l'encontre des celles se retrouvant en bas du classement.

Au Japon les mangas sont écrits dans l'urgence, et dans un contexte très concurrentiel.

La grande émulation qui règne entre les dessinateurs contribue à la production d'œuvres de qualité, ce système repose sur la sensibilité du lectorat qui choisit les mangas qu'il veut voir subsister.

Les Japonais ont leur façon à eux de savourer les mangas. Les fans ne sont pas passifs, les dessinateurs amateurs s'inspirent de leur série préférée pour créer leurs propres histoires qu'ils diffusent via des fanzines et qui font l'objet de foire ou de rencontres. Citons l'exemple de « Comic Market » dont la première édition remonte à 1975. Cette convention du manga et de l'anime est un grand rendez-vous qui rassemble aujourd'hui plus de 150 000 visiteurs pendant les 3 jours estivaux et les deux journées en hiver. Là, les amateurs de « cosplay » se font prendre en photo avec leur déguisement ils s'identifient à leur personnage préféré, cette pratique est très développée au Japon, c'est une forme originale pour les « mangaphiles » de montrer leur attachement et de « pratiquer » le manga. Ce type de rassemblement s'est particulièrement développé dans les années 90, en 2003 à Nagoya a eu lieu le Sommet international du « cosplay » la France y a participé dès ses débuts, de renommée mondiale il regroupe maintenant des participants de plus de 20 nationalités.

Mais les amateurs se retrouvent de plus en plus sur twitter, se passionnent pour leurs thème préférés, s'échangent des infos, diffusent les « histoires dérivées » qu'ils ont dessinées, leur interprétation personnelle des œuvres etc.

Je voulais vous parler de la place du manga au Japon, des conditions de créations des œuvres et de leur réception. Les mangas font l'objet d'un culte au Japon même, nous avons vu l'importance du système éditorial concurrentiel et des revues conçues dans l'urgence, puis nous avons pu voir que les œuvres, loin d'être consommées passivement, donnaient plutôt lieu à des pratiques actives une réception personnalisée des univers de chaque série. Le manga qui a engendré une culture propre et des pratiques fait la fierté du Japon, son succès outrepassent les frontières. Et la Japonaise que je suis, se réjouit que le manga soit une passion partagée dans le monde entier et qu'il nous permette de nous rapprocher.

Je vous remercie.
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Yudai YOSHINO

Vous connaissez sans doute les films d'animation du studio Ghibli, ils sont célèbres au Japon comme en France, loin d'être purement nippo-japonais, ces longs métrages ont souvent une touche française ou européenne, je voudrais essayer d'expliquer pourquoi ces productions sont si célèbres au Japon, et voir ce qu'elles nous disent des relations franco-japonaises.           

Trois des cinq films ayant battu des records d'audience au Japon sont des films des studios Ghibli, il s'agit du «Voyage de Chihiro », du « Château ambulant » et de « Princesse Mononoke », il faut savoir que le « Voyage de Chihiro » a même battu « Titanic » ou « Harry Potter » en termes de nombre d'entrées. Les productions du studio Ghibli sont par ailleurs rediffusées plusieurs fois par an à la télévision, contribuant ainsi à leur popularité auprès des petits comme des grands.

Par ailleurs à titre personnel, je trouve que le succès de ces films peut certainement s'expliquer par la dynamique des personnages, la beauté des décors et la simplicité des scenarios. Le spectateur est tout de suite frappé par la grande force expressive des décors, on en oublierait parfois qu'il s'agit d'un dessin! Ces décors font parfois l'objet de grandes rétrospectives, nombreux sont les Japonais qui ressentent une grande nostalgie devant ces paysages qui leur rappellent leur enfance, je pense notamment au film Totoro, dont le cadre de verdure, les rizières les vallons fait remonter en moi de nombreux souvenirs, j'ai joué dans la forêt quand j'étais petit, j'aime beaucoup ramasser des glands.

Parlons des scénarios, ils sont à la fois facile d'accès pour des enfants, mais suffisamment fantastiques et ancrés dans la réalité pour séduire les adultes. Les héros sont souvent des enfants qui traversent des épreuves initiatiques intemporelles.

Il ne faudrait pas oublier l'accompagnement musical. Les musiques des génériques deviennent souvent des hits, dont les nombreux arrangements se vendent très bien sur le marché du disque et sont l'objet de traductions en nombreuses langues étrangères.

Comme vous le savez c'est une française, Cécile Colbert qui a signé la musique du générique de « Arrietty ». C'est la première fois que la bande-son était confiée à un artiste étranger. Cette artiste française qui a elle-même été élevée en regardant des films de Ghibli, confesse sans peine voir été fortement influencée par ce monde.

Mais plus encore, je suis toujours très impressionné par le vent, et la façon dont il est rendu dans le dessin. Avez-vous remarqué que dans beaucoup de scènes la psychologie des personnages est ainsi exprimée par le vent?

Les studios Ghibli, produisent de leurs propres films mais ils distribuent également des dessins animés étrangers. C'est grâce à Ghibli que les Japonais ont pu découvrir les films d'animation français, ils ont diffusé notamment l'œuvre du réalisateur Michel Ocelot et son célèbre « Kirikou et la sorcière ». Leur rôle de passeur est très important.

J'ai vu mon premier Ghibli à l'âge de 6 ans, je continue à 20 ans d'adorer ces films. Et je ne peux que vous conseiller de les voir tous si ce n'est déjà fait. Merci.
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Chikako ARII

Les jeunes Japonais et la culture internet

Je vous invite à venir découvrir le monde de la toile tel que le vivent les jeunes Japonais d'aujourd'hui et plonger avec moi dans cette « sous-culture » internet. Vous connaissez sûrement certains de ces outils pour les utiliser vous-mêmes. Citons le service de microbloggage « twitter », les sites de réseautage social comme « facebook » ou « mixi », les pages d'hébergement de vidéos comme « youtube » ou « niconico », le site de partage d'images « flickr » ou bien encore le babillard électronique, BBS appelé « 2ch ». Au Japon en ce moment « niconico » « twitter » et « line » sont les outils préférés des jeunes qui, il faut bien le dire, ne peuvent plus passer de cette culture du « net ». 

Je vais tout d'abord vous parler de mon usage personnel, puis d'anecdotes racontées par mes amis, pour enfin envisager les problèmes liés au développement de cet usage.

 Premièrement, parlons de « niconico », véritable phénomène qui a eu un effet de locomotive au Japon. Sur ce site, il est possible de visionner des vidéos. Il existe plusieurs intitulés comme « Je l'ai chanté» « Je l'ai joué » « Je l'ai dansé » ou « Je l'ai dessiné ».Il est possible de faire héberger ses propres chansons, les paroles ou les mélodies que l'on a composées et les utilisateurs peuvent laisser leurs commentaires en live. « Je l'ai chanté » est particulièrement intéressant. En effet, le site met à disposition un très amusant logiciel de synthèse vocale appelé « vocaloid ». Vous composez une mélodie, saisissez des paroles puis il se charge de vous fournir une version chantée; vous choisissez parmi plusieurs voix préenregistrées et des arrangements vous sont proposés. Vous pouvez même opter pour une version karaoké. Et comme vous pouvez conserver ces créations dans votre compte et les télécharger quand bon vous semble, vous pouvez notamment les utiliser quand vous allez en soirée karaoké entre amis.

Ensuite vous pouvez par exemple, proposer une chorégraphie dans « je l'ai dansé ». Vous vous filmez et mettez la vidéo en ligne. Vous n'avez plus qu'à réunir des amateurs dans un parc ou à l'école pour leur proposer de danser avec vous. Si vous participez à un club de danse, vous pouvez continuer de vous entrainer chez vous en regardant les vidéos en ligne. Se réunir dans un parc permet de profiter de grands espaces, il suffit alors de brancher votre appareil sur des haut-parleurs, fixer une caméra et le tour est joué.

Les utilisateurs laissent des commentaires et comme le nombre de visionnages fait l'objet d'un classement cela vous pousse à vous surpasser et à fournir des enregistrements de qualité. Suivant vos affinités, il est possible de former ou rejoindre des communautés existant déjà dans « niconico ». Libre à vous de les étoffer ensuite par des échanges via « twitter » pour avoir le plaisir d'élargir encore le cercle de vos connaissances. Les vidéos des membres les plus populaires font l'objet de réactions souvent intéressantes. Pour ma part, je suis avec plaisir le « J'ai chanté » de Kôhei, et comme les commentaires postés sont souvent du type « ça chauffe! » « hot !» etc, il est amusant de constater que dans la partie publicitaire rattachée à sa page, ce sont souvent des produits anti-incendie qui sont proposés. Certains niconiconautes de la trempe de Kôhei sont même parvenus à sortir des CD et vendre des albums.

Dans la catégorie « Je l'ai dessiné » se trouvent des saynètes adaptées d'oeuvres originales réalisées à partir d'images tirées films d'animations, de manga ou de chansons vocaloid. Le logiciel windows movie maker permet de créer des fichiers vidéo et d'animer les images que l'on a soi-même créées. Les dessins et les couleurs sont souvent très réussis. Les niconiconautes dessinateurs sont nombreux à éditer leurs créations sous la forme de livres vendus aux intéressés. Certains ont même été publiés. Beaucoup d'utilisateurs apprécient surtout de recevoir des commentaires à chaud. Un de mes amis m'a raconté qu'il utilisait le site pour créer ses fanzines qu'il vendait ensuite au lycée.

Mais force est de constater que cet usage du net est parfois problématique. Les incidents sont de trois ordres.
Tout d'abord les jeunes sont facilement impliqués dans des situations compromettantes, notamment des affaires sexuelles. Certains subissent également des brimades et des persécutions. Les données privées étant mal protégées, des rumeurs et calomnies sont colportées et les noms et adresse sont parfois révélés. Citons enfin le détournement de données bancaires, aboutissant à des transactions financières frauduleuses émanant de sites tiers.

Les enseignants font de la prévention auprès des jeunes, sollicitent l'intervention de la police qui les sensibilise à ces trois types de problèmes. 

Jusqu'en seconde, on a attiré mon attention sur le potentiel de nuisance des chain mail, ou messages à effet boule de neige. Une fois en première, de plus en plus souvent, on nous a prévenu que si nous rencontrions de tels problèmes, il ne fallait pas les traiter à la légère, que nous devions protéger nos données personnelles et éviter ces sites.

Ainsi Internet est à la fois un divertissement mais aussi un danger, il faut apprendre à se défendre et protéger ses données. Certains utilisateurs de site de réseautage comme facebook, n'utilisent pas de surnoms et s'exposent involontairement. Mais il est possible de trouver des parades.

 Pour moi l'intérêt est ailleurs. Au Japon notamment, la culture du net est devenue le lieu de l'expression personnelle et tient lieu de tissu relationnel. Les jeunes les plus accrocs sont les plus fragiles car ils sont fortement influencés.

Ce phénomène va certainement aller grandissant, et les problèmes qui en résultent vont s'intensifier. Mais cette sous-culture va peut-être devenir la norme, et il convient au plus vite d'accompagner ce mouvement pour que cet essor se fasse dans les meilleures conditions. Il me semblait important aujourd'hui de partager avec vous à la fois mon enthousiasme mais aussi mes craintes concernant le développement de cette culture si chère au cœur des jeunes Japonais.
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